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28 fillettes violées à Touba 

20 ans de réclusion criminelle, c’est la peine infligée par la chambre criminelle du tribunal de grande instance de Diourbel au maître coranique Serigne Khadim Mbacké. L’accusé a été jugé ce lundi en audience spéciale pour les faits de viols et pédophilie sur 28 fillettes, dont 27 de ses élèves, parmi lesquelles 18 ont perdu leur hymen. Seneweb vous livre les minutes de ce procès sulfureux qui a choqué le public. Des larmes et des confidences étaient au rendez-vous.

C’est vers 10h et quelques minutes que l’accusé Serigne Khadim Mbacké, âgé de 36 ans, a été conduit devant la barre de la chambre criminelle sous bonne escorte par des agents de l’administration pénitentiaire. Portant des babouches et vêtu d’un grand boubou communément appelé « Baye Lahat » de couleur vert clair, le maître coranique a comparu devant le juge avec sérénité. Il n’a pas manqué d’adresser ses salutations, tout souriant.

Interrogé sur les faits, l’accusé a tout nié en bloc en invoquant un complot contre sa personne. Pour lui, certains n’acceptaient pas le fait qu’il dirigeât la prière au niveau de la mosquée.

Serigne Khadim Mbacké a accusé une dame plus âgée que lui d’avoir orchestré cette cabale, dit-il, parce qu’il avait rejeté ses avances.

Les récits glaçants des victimes devant la barre

Face à ses dénégations, les 26 victimes présentes à l’audience ont raconté le film de l’horreur dans les moindres détails. Elles ont réussi à décrire avec exactitude la chambre de Serigne Khadim Mbacké et tout le matériel s’y trouvant, d’après le procès-verbal d’enquête de la Brigade de recherches de la compagnie de gendarmerie de Touba.

L’affaire a éclaté le 31 mai 2023, alors que le maître coranique s’était rendu en Casamance. Après une longue cavale, il est retourné à Touba. Le 5 juin 2023, il a été conduit au commissariat d’arrondissement de Ndamatou par certains de ses proches. Arrivé à destination, il a été arrêté puis remis à la Brigade de recherches de Touba.

L’affaire a éclaté lorsque l’élève coranique N.A. N., a décidé de quitter le daara de Serigne Khadim Mbacké pour devenir femme de ménage, en raison des agissements répétés de son maître. Mais c’est finalement sa petite sœur M.D. N., qui a raconté les faits de viols à sa mère B. T.

D’après les victimes, l’accusé profitait de l’absence de son épouse pour commettre ses forfaits dans sa chambre. Il agissait également au moment où les élèves récitaient leur leçon du jour avant la descente. Serigne Khadim Mbacké menaçait ses victimes de représailles mystiques en cas de dénonciation auprès de leurs parents.

Il brandissait un chapelet qui lui aurait permis, selon lui, de savoir ce que ses victimes diraient à leurs proches. Il leur remettait également des potions mystiques, d’après leurs déclarations.

Malgré tout, Serigne Khadim Mbacké a nié les faits, sous prétexte qu’il vivait avec son épouse et ses frères à la maison.

Âgée de 12 ans à l’époque, M.D. est la première victime à avoir raconté son calvaire dans une salle comble. Malgré les regards rivés sur elle, la fillette a vidé son sac devant l’un de ses parents.

« Serigne Khadim Mbacké m’a fait venir dans sa chambre où il m’a demandé de me déshabiller complètement. Il a frotté son sexe contre mes parties intimes avant de me pénétrer. Après avoir satisfait sa libido, il a nettoyé mon sexe avec un morceau de tissu. Il m’a menacée en disant que si je le dénonçais, il serait au courant de tout grâce à son chapelet. Il a récidivé à plusieurs reprises », a-t-elle confié, avant de céder le micro à M.M.D., âgée de 12 ans, qui a déclaré avoir vécu la même chose avec son maître.

La troisième victime, S.S., est aujourd’hui mariée. Elle a néanmoins retracé le film de son agression. « Serigne Khadim Mbacké m’a proposé une séance de massage. J’ai accepté parce que je ne savais pas ce qui allait suivre. Il a exercé des attouchements sexuels sur moi avant de passer à l’acte. Je me suis mariée avec un autre homme après cette agression. »

Âgée de 13 ans, la quatrième victime, K.M., a déclaré avoir passé quatre ans dans le daara, où elle a été violée à plusieurs reprises. Quant à la cinquième victime, A.D., âgée de 11 ans à l’époque, elle a confié avoir été bastonnée par son maître coranique face à son refus. « Lors de notre première rencontre, il a frotté son sexe contre le mien parce qu’il ne pouvait pas me pénétrer », a-t-elle déclaré.

La sixième victime, N.D., âgée de 14 ans, a déclaré avoir cédé parce que Serigne Khadim Mbacké l’avait menacée de la frapper. Âgée de 17 ans, la septième victime, D.D., a confié que le marabout avait exhibé son sexe devant elle. Prise de peur, elle a tenté de prendre la fuite avant d’être frappée puis violée, d’après ses propos.

Son cas est particulier : M.D.D., la huitième victime à la barre, avait pris son courage pour dénoncer le maître coranique. L’accusé lui aurait proposé une fellation, d’après ses déclarations. Sa mère, B.T., a nié avoir orchestré une cabale contre l’accusé, affirmant n’avoir jamais eu de problème avec Serigne Khadim Mbacké.

La petite sœur de la huitième victime a également déclaré avoir subi les agissements de son maître coranique. Née en 2009, N.M.N. a affirmé avoir été contrainte à une fellation par Serigne Khadim Mbacké. La onzième victime, N.N. Wade, a été violée lors de la récitation de sa leçon du jour. « À défaut de pouvoir me pénétrer avec son sexe, il a introduit son doigt dans mon sexe », a-t-elle déclaré.

La douzième victime, S.S., était absente lors du procès. Âgée de 10 ans, la treizième victime, A.D., a raconté son calvaire, tout comme la quatorzième, F.T., âgée de 12 ans, qui a déclaré en wolof : « Dama def yeufu saï saï. » C’est pratiquement le même récit pour les autres victimes. Âgée de 15 ans, S.G. ne fréquentait pas le daara, mais s’y était rendue pour apporter un livre à sa petite sœur, avant d’être violée à deux reprises puis menacée.

Serigne Khadim Mbacké a persisté dans ses dénégations, déclarant que la dame B.T., âgée de plus de 40 ans, lui avait fait des avances. Face à son refus, elle aurait orchestré le complot, selon lui. Mais ses accusations contre la vieille dame ont fait pleurer l’une de ses filles, elle-même victime de viols. Inconsolable, la fillette a été rappelée devant la barre par l’avocat général, qui souhaitait s’enquérir de la situation.

La fillette a évoqué les graves accusations portées par Serigne Khadim Mbacké contre sa mère. Le ministère public a tenté de la consoler en déclarant que le maître coranique inventait des histoires pour tenter de convaincre le tribunal.

Après cette fillette, l’un des pères des victimes n’a pas pu retenir ses larmes lors du procès.

Serigne Khadim Mbacké a déclaré que cette affaire lui avait fait profondément mal. Pour lui, il a été accusé gratuitement avant d’être emprisonné. Il est revenu sur les circonstances de son divorce lié à cette affaire. « C’est en prison que mon épouse m’a demandé le divorce. Notre mariage a été conclu en 2019. Je réclame des tests ADN », a-t-il confié.

Concernant sa cavale, il a estimé que sa vie était en danger. « Mon domicile a été attaqué et une somme d’un million de francs CFA y a été volée. L’un de mes voisins a brandi une arme blanche pour me tuer. J’ai passé la nuit à Ndamatou avant de rentrer à Darou Moukhty. Le lendemain, je suis parti en Casamance pour voir des amis. J’ai changé de numéro de téléphone parce qu’on m’appelait souvent. Je suis retourné à Touba de mon propre gré », a déclaré l’accusé.

Pour rappel, les avocats des parties civiles, dont Me Michel Mahécor Diouf, Me François Senghor, Me Elias Sy et Me Serigne Diongue, ont estimé que les faits sont établis, en réclamant des sanctions sévères contre l’accusé. Cependant, Me Cheikh Sy, avocat de la défense, a plaidé l’acquittement.

Dans son réquisitoire, l’avocat général a requis 20 ans de réclusion criminelle. Dans son délibéré, la chambre criminelle a reconnu l’accusé coupable de tous les faits qui lui sont reprochés. Il a été condamné à la peine requise par le ministère public.

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